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Restitution aux auteurs
 

N CDlotre lecture ne travaille pas le texte d'un point de vue personnel un j'aime/je n'aime pas ou un ressenti affectif !

N CDlous effectuons un travail exigeant qui consiste à lire le texte, un crayon à la main (parfois à haute voix), de façon à souligner : sa sonorité, sa construction, son inventivité et sa nécessité. Nous pointons, entre autres, les clichés, les phrases toutes faites, les effets, les longueurs, l'absence de chair des personnages, l'ennui du lecteur.

N CDlous mettons en valeur les figures de style, les images audacieuses porteuses d'un sens nouveau, les prises de risque, les surprises, la clarté, les bonheurs langagiers...

— La fiche de lecture que nous offrons à l'auteur est un véritable miroir qui renvoie ce qui est présent dans son texte, ce qu'il ne sait pas y être et ce qui n'y est pas. Elle nous permet aussi en fin de parcours de faire part d'un sentiment plus personnel mais cela vient de surcroît !!!

— Habituellement deux lecteurs se chargent de lire un texte, une synthèse des deux fiches de lecture est établie puis il est proposé à l'auteur une rencontre ou un envoi de la synthèse, à sa convenance.

— Nous rencontrons les auteurs qui le souhaitent pour discuter des retours que nous leur avons adressés. À chaque fois un même constat : nos lectures provoquent un étonnement et un choc positif chez les auteurs.

Exemples de retours adressés à nos auteurs:

Hervé nous a adressé un roman historique aujourd'hui publié, nous lui avions adressé la fiche suivante:

Lisibilité du texte:

Texte clair et aéré, plaisant et facile à lire malgré son sujet pesant. Les personnages sont introduits de façon suffisamment espacée pour que nous n’ayons aucune difficulté à les situer ou les suivre au cours du récit. Celui-ci progresse sans circonvolutions. Parfois, un peu de lenteur, mais la narration reste fluide.

Richesse du langage:

Langage concret et vocabulaire varié. Nous ne sommes ici ni dans le dépouillé ni dans la surcharge. Le style est limpide, dans un français agréable, sans excès littéraire, ce qui confère aux descriptions un fort pouvoir évocateur.

Certes, le thème du roman n’offre guère de latitude dans le choix du style et de la langue. Quelques « expressions d’époque », mais sans excès. L’auteur évite l’écueil du jargon médiéval et les quelques « Malepeste » qui émaillent le livre ne sont en rien irritants. Parfois la crédibilité vacille avec des « Les câlins s’étaient commués en un assaut lascif et charnel » et « Viens Guillaume, viens je te veux » ! Présence de tournures lourdes, de clichés et de redites qui mériteraient une relecture (voir exemples). Cela peut s’éviter en recourant à la relecture à haute voix : « le gueuloir », façon Flaubert.

Forme:

Chronologiquement linéaire. Ce qui rend les choses simples au premier abord, puis ennuyeuses. Ce choix de construction classique avec pour seul fil conducteur la chronologie rend la lecture aisée, mais contraint l’auteur à maintenir et soutenir l’attention du lecteur par des artifices. Certes, une énigme est bâtie, dont on espère la résolution, mais cela n’est pas suffisant. La « première page » apporte une bonne entrée en matière et incite à poursuivre.

L’intrigue est judicieusement introduite avec les disparitions féminines puis le récit se déroule efficacement jusqu’à la découverte d’un corps qui n’est pas celui d’une femme ! Bon effet, la facilité est évitée. Ensuite, les informations surviennent trop rapidement, le récit prend l’allure d’une course. On aimerait laisser musarder notre réflexion, ressentir des doutes, partir sur de fausses pistes, mais l’auteur nous informe inexorablement, comme si la résolution de l’énigme l’y contraignait. Attention à la facilité : le héros qui se querelle avec le méchant et qui tremble pour sa donzelle… Le final est une bonne conclusion en termes de récit. Le très politique et cynique choix du seigneur est bien mené. Mais le dernier chapitre manque de nervosité et de bouquet final ! L’auteur semble avoir terminé son histoire depuis un moment et voulu se débarrasser de la rédaction de la conclusion. Peut-être est-ce parce qu’il avait en tête dès l’origine ce ressort final qu’il a négligé et accéléré ce qui le précède ? Qu’il a choisi l’assassin le plus probable car le plus odieux ?

Sujet:

Bonne trame de base. La recherche documentaire semble solide. Le lien avec l’histoire régionale est plaisant. On aimerait voir surgir plus de folie ! Le polar historique moyenâgeux n’est pas innovant en soi. Ellis Peters l’a maîtrisé avec brio durant une quarantaine d’années au travers de son moine héros Cadfael. D’autres s’en sont inspirés y compris « Le nom de la rose ». Hélas on a parfois le sentiment que l’intrigue ne passionne pas l’auteur, qui porte d’avantage d’intérêt au monde médiéval, à l’histoire et au cadre dans lequel elle évolue. Il semble que l’auteur ne maîtrise pas complètement les outils du roman policier, contrairement à la langue agréable qu’il manie. De ce fait, les réelles qualités des descriptions ne sont pas toujours bien exploitées, et on se trouve parfois plongé dans un récit pour guide touristique exigeant.

Personnages:

Le lecteur les «voit» bien, sur un mode pictural ! (gravures, dessins, plus que peintures). Sur un mode psychologique, c’est plus faible, inégal. Le moine est le personnage le plus construit et le mieux rendu, car il est maintenu autour de lui, tout au long du roman, un halo de mystère particulièrement réussi, qui nous incite à nous interroger sans cesse à son propos. Il n’y a pas d’autre personnage suscitant un intérêt similaire. Le seigneur est bien décrit dans l’instant, mais reste par la suite sans épaisseur, et assez caricatural. Les personnages de femme sont bien minces. Les autres sont falots, là encore comme des motifs de gravures. Le héros échappe du lot au travers de quelques bonnes pages. On retrouve ce constat que le fil de l’énigme et le décor prennent le pas sur l’épaisseur des personnages.

Liens avec d’autres formes artistiques:

Récits de cape et d’épée. Histoires lues le soir au coin du feu. Martin Guerre et au Nom de la Rose pour les décors. Photos de Gérard Philippe comme on les exposait à la devanture des cinémas anciens. BD de Bob, Bobette et M Lambique voyageant dans le temps.

Avis personnel du lecteur :

Lecture assez agréable sur le moment

. Donne parfois l’impression que l’on a repris une histoire pour ados.

. Des moments d’agacement devant quelques clichés ou des tournures lourdes

. On oublie très vite le livre

. Peu de traces, d’enseignements, de réflexion, de retour de sensations.

. Pas d’envie de relire tel ou tel passage.

Conseils de ré-écriture ?

Voilà un vrai ouvrage de qualité avec une très bonne base, à compléter ou enrichir avec :

- Plus de rythme et de ruptures de rythme. Faire alterner récit, action, et réflexion.

- Enrichir le scénario, nous emmener sur de fausses pistes, introduire des événements perturbateurs.

Donnez du corps, de la matière aux personnages et au récit. Ne rentabilisez pas en fournissant sans cesse et trop rapidement les éléments de réponses à des interrogations que nous n’avons parfois même pas eu le temps ni l’envie de formuler. Par exemple : plutôt qu’un bref résumé a posteriori de l’expédition au fond du gouffre, pourquoi ne pas nous emmener avec les personnages dans leur quête avec tout ce qu’elle comporte d’égarements et de frayeurs ? Emmenez-nous au château et en tout lieu où notre imagination pourra s’étendre. Mais épargnez-nous les notices descriptives de lieux, il ne s’agit pas d’un guide touristique.

Exemples:

Lenteurs : Chap. 2, page 9, Chap. 12, P. 37… .

Lourdeurs : P 16 « sans conscience » -> inconscient « un indice sur sa condition… laissait présager »P 36 « le procès … son exécution… amie.. » : mal dit P 51 « ses livraisons »

Redites : P. 52 « salive ensanglantée » et P. 67 « depuis… depuis » Chap. 18 : fin de P 55 : on a compris… Action P 56 mal amenée

Cliché : Chap. 23, début « avec une rapidité sans pareil » Chap. 22 « rien qu’à sa prestance »… « plus alcoolisé que de raison »… . d’éléments bien amenés : Chap. 5 « trois jours s’étaient écoulés ». Milieu du Chap. 7 : belle description d’action La fin du Chap. 13.

 

etour sur deux romans adressés à CDL par l'auteur M.

Ici, trois lecteurs différents ont travaillé sur le premier et le deuxième roman de l'auteur M. Voici des extraits de leurs retours. Des tons différents qui pourtant se superposent parfaitement et cernent bien l'auteur.

remier retour à l'auteur M. sur son 1er roman (par le lecteur D et P)

Monsieur,

Vous êtes venu vers notre Comité De Lecture arguant de vos refus éditoriaux. Vous ne devez pas vous décourager car vous êtes assurément un écrivain. Nous vous avons lu avec beaucoup d’intérêt jusqu’au bout de l'intrigue. Vous savez raconter une histoire, camper des personnages, construire une intrigue et fabriquer du sens ! Votre rapport intime à la langue est génératrice de ce que Flaubert et Baudelaire ont, en leur temps, appelé le style. Votre univers pasolinien rappelle, outre la figure de Toerless, celle du « Maître des illusions » de Dona Tartt où l’éveil des sens se conjugue avec la culpabilité et la quête identitaire.

Pour avoir aimé vous lire, nous sommes pourtant dans une posture difficile avec votre texte. Nous n’avons pas de conseils à vous donner mais nous tenons à vous faire part de remarques qui pourraient, à notre sens, donner encore plus de densité à votre récit.

Tout d’abord quelque chose qui touche à une certaine difficulté vis-à-vis de la simplicité : une manière un peu désuète, voire précieuse, de travailler la langue. L’usage du subjonctif en témoigne comme la difficulté d’utiliser des gros mots sans les assortir de guillemets. On vous sent emprisonné dans un certain rapport académique à la langue française qui entrave peut-être, à certains moments, la création et la novation langagière. Une liberté plus grande dans ce domaine rendrait les personnages plus proches du lecteur. Du coup les personnages du Sdf et de C. pâtissent d’un excès de caricature qui nuit à leur crédibilité narrative. En effet, le Sdf parle comme un cliché de clodo, investi de la figure du sage qui révèle la vérité. Cette figure littéraire est trop chargée idéologiquement pour fonctionner. C. souffre aussi de cet excès. Il est déshumanisé. Le fait qu’il ne dise jamais « je » (le lecteur n’a pas accès à son courant de conscience) contribue génialement à cette glaciation mais, par ailleurs, tous ses actes contredisent cela. Du coup, le hiatus est trop grand et la caricature guette. L’enfermement des personnages dans une imagerie chrétienne trop présente via leur nom nous semble dommageable. Ils se suffisent à eux-mêmes. Osez imposer votre univers en soi.

Enfin, un dernier point d’interrogation concerne votre virtuosité à l’œuvre quand vous insérez une nouvelle au sein de votre texte. Le procédé est habile, mais demeure un procédé. Resserrer cette nouvelle – un peu barbante dans ses descriptions - ferait gagner en dynamisme. Puisque nous en sommes au dénouement revenons rapidement au début : trop de citations bibliques peuvent décourager le lecteur et les éditeurs. Ménagez la surprise sans annoncer la couleur. C'est un roman, pas une bondieuserie. D'autant que le préambule est vraiment accrocheur. Enfin, pour le titre, votre éditeur, je pense, se chargera d'en trouver un.

 

Retour à l'auteur M. sur son 2ème roman (par le lecteur I)

Sentiment général :

Très belle histoire morbide. Echos : Bazin avec « Vipère au poing » et Alain Fournier avec « le grand Meaulnes » pour le style, Tournier avec « Vendredi ou les limbes du pacifique » pour la gémellité et la grotte, Stanislas Lem avec le roman Solaris (qui donna le superbe film de Tarkowski) pour les apparitions psychotiques sorties du cerveau de M.

Jusqu’à la page 96 :

Le style est lourd et le roman tombe des mains. Belle écriture, précieuse et surannée, qui provoque très vite l’ennui. Le lecteur n’arrive pas à voir une femme dans le personnage principal. Peu d’adjectifs qualificatifs. Souvent, entièrement focalisé sur votre description fine des sensations, votre analyse intelligente des sentiments, ou votre plaisir à ciseler de belles phrases, vous oubliez l’action et votre lecteur. Cela crée une distance, un flou et l’ensemble reste froid. Vous avez plaisir à manier des mots savants à plusieurs syllabes (quatre et plus). Vos longues phrases ne pourraient, bien souvent, pas être pensées ou dites par des êtres réels. Ces 96 premières pages pourraient être contractées en une nouvelle de dix pages. Vos descriptions fonctionnent très bien quand elles portent une action ou sont portées par elle. Certaines saillies grinçantes ou incongruités à la Boris Vian, qui surgissent entre deux paragraphes, sont peu crédibles vu le style précieux et le ton général mélancolique.

A partir de la page 97 :

Les dialogues se développent, les descriptions sont en mouvement, le style devient beaucoup plus léger et les pensées intérieures deviennent très crédibles. Le lecteur voit dès lors une femme dans le personnage principal. Belle rencontre avec les jumeaux. Randonnée dans le parc bien enlevée. Très beau passage tout en désir et poésie dans la grotte. Jolie métaphore sexoroutière. Poignante révélation. Jusqu’à la fin, le lecteur est pris, vous suit sans broncher, veut savoir, se régale et n’a qu’une envie : courir acheter l’album de Portishead et la Norma de 1960 par La Callas ! Bravo ! Remarques générales : Il y a quelque chose de « mal vieilli » dans ce texte, une mélancolie que l’on ne trouve pas dans vos mails si enlevés et pétillants. Les phrases de description d’états psychologiques sont lourdes et trop longues, rarement en correspondance avec la vitesse de la pensée, ce qui fait qu’elles freinent le récit ; aussi la pensée du lecteur va plus vite que vos phrases. Mon avis personnel : Vous êtes un bon dialoguiste. Voilà un beau roman qui donnerait sans doute un film étonnant et gagnerait à être retravaillé (ou contracté) de la page 1 à la page 96.

Auteur M :

Merci, du temps passé et de ce retour détaillé dont je vais faire l'inventaire approfondi en me relisant. Ce qui n'est pas évident, étant en plein milieu de mon troisième roman, mais ce sera certainement bénéfique pour lui aussi. Juste deux remarques, à chaud: les 100 premières pages sont lourdes car je voulais décrire l'étouffoir dans lequel elle vivait avant les jumeaux. J'ai dû appuyer de trop.

Lecteur I :

Je vous parle tranquillement de ça car c'est l'un de mes défauts d'écriture : je perds mes lecteurs sur les 50 premières pages. Bernard Barrault me disait : " Votre problème c'est qu'il faut faire l'effort d'apprendre le S… dans les 50 premières, sans quoi, on laisse tomber le bouquin". Ce que je veux dire c'est que, même si voulez dire étouffoir, cela peut être dit en dix lignes, dix pages ou vingt pages, peut-être pas besoin de 96. C'est un jeu que vous pouvez faire de contracter ces 96 pages sur dix et voir si ça fonctionne, il n'y a rien à perdre. Et puis, je sais que vous savez que le style n'a pas besoin d'être lourd pour dire la lourdeur. La mélancolie et la morbidité de votre personnage principal (et de l'atmosphère) ne sont pas moins pesantes après la page 96 mais, à partir de là, vous m’offrez la possibilité de les vivre, vous permettez à ma pensée d'épouser les dialogues, vous m'invitez à l'intérieur du corps de Marie et je perçois à travers les yeux de vos personnages. Pour l'expliquer encore plus simplement : de 1 à 96 vous faites de la littérature et l'on vous regarde peiner plus ou moins. De 96 à 240 vous êtes en littérature et l'on est en expérience avec vous.

Auteur M :

Voici une piste pour expliquer mes contradictions entre vitesse et lenteur, humour et noirceur. C'est une phrase de Michel Vinaver — que je viens de lire — qui me va comme un gant et que je vais adopter : « J'ai cette incapacité : ne pas pouvoir adhérer, être toujours étranger, réfractaire, même à ce dont je me sens le plus proche. »

Lecteur I :

Vous dites, si je vous comprends bien, que vous n’avez aucune autorité intérieure ou extérieure et que tous les possibles sont sous votre plume. C'est aussi ma devise. Ça, c'est dans l'instant de l'écriture, de l'invention. Après, il y a la lecture, le rythme et la musicalité du texte et là, ça devient coton. Lisez entièrement votre roman devant un magnéto — ou demandez à quelqu'un de le faire, c'est encore mieux — et vous verrez qu'il y a des fluidités et des grumeaux. Pourquoi dépenser de l'énergie à justifier et conserver ces grumeaux, indigestes pour vous comme pour le lecteur ? Je suppose, pour être souvent passé par là, que vous êtes persuadé que l'invention est aussi dans ces grumeaux ? Un seul truc, supprimez-les et voyez si votre texte tient le coup...

Auteur M :

C'est une espèce d'objection en deçà de la conscience.

 
 
 
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